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La bête en question!

La nuit, horrible créature cannibale n’est que l’une de ces menaces fantômes qui planent dans mon esprit craintif. Au plus profond des ténèbres, je me sens plus vulnérable qu’un bébé fougère synthétique tendrement enlacée par sa môman. Ce sentiment explique d’ailleurs la présence de mon furby, petit fruit du démon commercialisé par Hasbro, au creux de mes bras mous. Silencieusement, je me livre à mon rituel d’adulte autonome et responsable: je « bisoute » à trois reprises le pied gauche de mon joujou.

Puis, je l’entends, je sais qu’il vient! Le monstre, la bête! Mon palpitant, ma patate s’emballe et danse la maccaréna dans ma poitrine. Au plus profond de ma chair, mon petit juif (os du coude) vibre d’une terreur à peine contenue. Mon tympan oscille au rythme des griffes cliquetant sur le parquet. Mon bulbe rachidien m’implore, me supplie, me hurle de quitter mon édredon duveteux pour entamer une fuite.

Puis, il est trop tard pour ordonner une défilade à mes muscles atrophiés par ma paresse. Le monstre se tient au pied de ma couche, son haleine fétide chatouillant mon appendice nasal. Je sens ma conscience défaillir, mes larmes se mêlent à mon mucus.

La bête se nourrit de mon effroi, elle en soutire une joie hérétique, une allégresse fallacieuse. Sous mes paupières closes, j’observe sans peine son faciès parsemé de plaies inertes et pendouillantes, emplies de vers suppurants des glaires de la pâle couleur de la chair putréfiée. Ah, le scrofuleux! Il ne désire rien plus que ma tombe et la damnation de mon âme.

Le monstre saute sur mon thorax, me laboure de ses griffes pour m’attaquer de son arme immonde. J’entends ses vociférations: pouet! Pouet! Pouet!

Mais qu’est-ce donc? J’aperçois alors mon minuscule chiot de compagnie me léchant le minois de son souffle fleurant les croquettes et les dents avariées… Voici donc ma bête du Guévaudan! Les yeux de mon furby luisent de… serait-ce de l’amusement?